Westworld (HBO) – Saison 1

Après les récentes digressions qui ont parasité ce blog, il est temps de reprendre notre activité normale. 

Et s’il y a une série qui a fait parlé d’elle en cette fin d’année, c’est bien…

Westworld - Titre

Celle que l’on trouve parfois décrite comme la « nouvelle Game of Thrones« , mérite-t-elle vraiment cette appellation ? La réponse courte est évidemment « non », la réponse longue se trouve un peu plus bas. Et elle l’est, longue.

Jon, Joy et JJ

Westworld a été créée parJonathan Nolan et Lisa Joy. Lui, c’est le frère de Christopher Nolan, oui, mais c’est surtout le co-scénariste de tous les films de sont frère depuis Memento, mis à part Batman Begins et Inception qui ont été écrit par Christopher seul et c’est Jonathan qui a écrit Interstellar, tout seul, comme un grand. Mais sur DocteurC.fr on le connait plus pour son travail sur la série Person of Interest, série dont il est le créateur. 
Elle, on la connait moins (personnellement je ne la connaissais pas du tout), mais elle a notamment été scénariste sur Pushing Daisies (une des mes nombreuses séries de coeur) et elle a oeuvré comme productrice sur Burn Notice. Il s’agit là de ses rôles officiels, mais étant l’épouse du précédent, on peut se douter qu’elle a eu une influence sur le travail de son mari, même si cela est évidemment invérifiable.

À la production, on retrouve  Bad Robot Productions, la société de J. J. Abrams, c’est une première sur HBO. Mais cela n’a rien d’étonnant, c’était déjà elle qui produisait Person of Interest,  sur CBS. Lorsque l’on connait le passif de Bad Robot et de J. J. Abrams en télévision, on peut déjà avoir une idée sur ce qui nous attend dans Westworld. Lost, Alias, Fringe et Person of Interest pour ne citer que celles qui ont marché ont toutes de nombreux points communs, le plus important étant le « mystère » entourant un élément clé de l’intrigue. Pour Alias c’était Rambaldi, pour Lost c’était l’île, pour Fringe c’était Walter et pour Person of Interest c’était La Machine… Westworld ne fait évidemment pas exception à la règle, mais vous dire en quoi serait trop en révéler.

Robotic Park

La série est en réalité l’adaptation du film éponyme écrit et réalisé par Michael Crichton, sorti en 1973. Pour ceux qui ne situent pas, Crichton est notamment l’auteur de Jurassic Park, dont l’histoire est très similaire à celle du film Westworld, à part que dans ce dernier ce ne sont pas des dinosaures, mais des robots qui attaquent les visiteurs du parc… Sachez que l’histoire de la série et celle du film sont très différentes même si les prémices sont les mêmes. Donc même si l’on a vu le film de 73, on sera surpris par la série et c’est une bonne chose (par contre pout tous ceux qui n’ont pas vu la série, il est très fortement déconseillé de se rendre sur sa page Wikipédia, les spoilers y sont nombreux). 

Il a été fait mention de Person of Interest un nombre raisonnable de fois dans le paragraphe précédent, mais nous allons être obligés de revenir dessus un peu plus en détail avant de passer à la suite, car elle portait en elle le début d’une réflexion centrale dans Westworld, on pourrait aussi revenir sur certains films de Nolan pour les intégrer à cette analyse, mais il serait possible de trop en révéler sur l’intrigue de Westworld en agissant ainsi, Person of Interest sera donc notre principal point d’entrée.

Westworld - S01E01 - Premier plan

De la Machine aux machines

La série commençait lorsqu’un ancien soldat d’élite était recruté par un milliardaire (ou au moins quelqu’un de très très très riche) pour protéger les habitants de New-York, en se servant d’un réseau de surveillance global qu’il avait développé pour le gouvernement : La Machine. Cette idée avait déjà été utilisée par les Nolan dans The Dark Knight, lorsque pour localiser le Joker, Batman pirate tous les téléphones portables de la ville et justifie son action en disant notamment qu’elle est exceptionnelle et qu’il ne réutilisera plus jamais cette technologie. Si l’on reprend ce bref extrait et que l’on commence à étendre le concept, on se retrouve avec un réseau global de surveillance. À cela, on ajoute un ordinateur capable de déterminer les personnes en jeu dans des actions criminelles futures et l’on obtient La Machine de Person of Interest. Nous n’allons pas entrer dans les détails de l’histoire, mais à partir de la troisième saison, l’histoire n’est plus uniquement concentrée sur la surveillance, mais aussi sur l’intelligence artificielle. On arrive à un point où la Machine parle et est considérée comme vivante par son créateur et les autres personnages de la série.

Malheureusement, la réflexion sur l’intelligence artificielle qui aurait pu naitre ici s’est vue contrainte par une histoire trop calibrée pour la télévision américaine et, malgré certaines scènes très fortes, on n’arrive jamais vraiment à considérer la Machine comme un être conscient, car sur CBS, si l’on fait une série, il faut absolument du rendement… Toujours est-il que l’idée était déjà présente dans l’esprit de J. Nolan et qu’il est tout de même très vivement conseillé de regarder Person of Interest, du moins les deux premières saisons (mention spéciale à l’épisode 2.16 « Relevant » le seul réalisé par Nolan et le meilleur de la série, qui ne peut malheureusement pas être regardé seul).

La réflexion sur l’intelligence artificielle, Joy et Nolan vont l’avoir ensemble et décider de la mettre en pratique lorsqu’en 2013 HBO commandera à Bad Robot Productions une série basée sur un vieux film de science-fiction dans lequel des robots croient vivre au far-west…

Westworld - Dolores (Evan Rachel Wood)

Ramin ta fraise

Le premier contact que l’on a avec Westworld, comme n’importe quelle oeuvre audiovisuelle, ou presque, se fait via son générique…

Oui, la qualité de cette vidéo est « discutable » dirons-nous, le son n’est pas très bien mixé et le cut de fin est mal placé, mais l’essentiel est là : on y aura retrouvé tous les noms dont il a été question au dessus en plus des acteurs et du compositeur : Ramin Djawadi. Les fans de Game of Thrones le connaissent bien et la ressemblance entre les deux génériques leur sautera à l’oreille, mais son travail de compositeur va bien au delà du générique et est l’un des éléments les plus réussi de Westworld : les reprises version « piano mécanique » de morceaux phares du XXème siècle jouées dans le saloon du parc.

Il s’agit là du seul vrai lien avec Game of Thrones et rappelons Ramin Djawadi était déjà le compositeur des musiques de Person of Interest, il n’est donc pas du tout étonnant de le retrouver là.

Des robots à l’ouest

Comme dit plus haut, Westworld est un parc d’attraction mettant en scène un far-west de cinéma. Les cowboys, shérif et autres prostituées sont tous des robots et ils « accueillent » des visiteurs humains en mal d’émotions fortes. 
Niveau histoire, on peut essayer d’imaginer un mélange entre Jurassic Park, où John Hammond (le créateur) s’appellerait Dr. Robert Ford, serait joué par Anthony Hopkins et ne serait pas passionné par les dinosaures mais par l’intelligence artificielle, et Ex Machina, film d’Alex Garland où Domhnall Gleeson est invité par Oscar Isaac à faire passer un test de Turing à Alicia Vikander, et dont nous ne parlerons pas plus longtemps, c’est un film à voir avant de regarder Westworld. Car, oui, évidemment, il faut regarder Westworld et peut-être va-t-on enfin entrer dans le vif du sujet…

En lieu et place d’Alicia Vikander, nous avons droit à Evan Rachel Wood, dans le rôle de Dolores Abernathy, une fille de ferme qui rêve de partir loin et qui aime Teddy (James Marsden). Teddy, lui, revient à Sweetwater après plusieurs mois d’absence dans le but de la retrouver… Sweetwater étant la ville fictive où une grande partie de l’action se concentre.
Les deux amoureux vont très vites être confrontés au principal antagoniste de la série, du moins au sein du parc, celui que l’on surnommera l' »Homme en noir », n’ayant aucune information sur sa véritable identité, tout juste sait-on qu’il est joué par Ed Harris.  

D’autres personnages sont introduits dans ce premier épisode parmi ceux que l’on appelle les « hôtes », outre Dolores on rencontre Maeve Millay (Thandie Newton), qui gère la maison de passes de la ville et Hector (Rodrigo Santoro) un criminel qui vient apporter un peu de chaos pour les « invités » (les humains en vacances dans le parc), dans une scène mémorable. 
Mais les plus importants sont sans doute ceux que l’on rencontre en dehors du parc : les membres de l’équipe qui gère Westworld. Parmi eux Bernard Lowe (Jeffrey Wright), le responsable logiciel des robots qui entretient une relation très particulières avec Robert Ford (joué, rappelons le, par Anthony Hopkins). Robert est le créateur du parc, un génie de la robotique, et celui qui écrit les histoires dans lesquelles « vivent » les machines. Évidemment (et il n’y aurait pas d’histoire sinon), un bug va se manifester dans certains robots et ses conséquences vont mettre en péril la pérennité du parc…

Westworld - 3D Printing

Science sans conscience…

L’une des principales questions que le spectateur se pose, au même titre que certains personnages, est la question que l’on se pose toujours devant une oeuvre de ce genre : est-ce que les robots sont vivants ? Ou du moins, peuvent-ils être considérés comme des « personnes » ?

On sait bien qu’ils ne sont pas composés de matière organique, dans Westworld ils sont créés par impression 3D (bien plus élaborée que celle que l’on connait aujourd’hui). On sait qu’ils ne respirent pas et qu’ils ne s’alimentent pas non plus. Mais est-ce là la seule véritable définition que l’on peut faire du « vivant » ?
Scientifiquement parlant, « la principale caractéristique d’un être vivant, par rapport aux objets inanimés et aux machines, est qu’il est un corps qui forme lui-même sa propre substance à partir de celle qu’il puise dans le milieu ». Mais ce que questionne justement des oeuvres comme Blade Runner, Her, ou tout simplement I,Robot , c’est la « conscience » des robots. S’il est capable de penser, d’agir par lui même ou d’apprendre tout seul, n’entre-t-il déjà pas dans une catégorie différente de celle de simple machine ?

Dans Westworld, il est clairement dit que les hôtes peuvent passer le test de Turing. Ce test, qui sert à valider l’existence d’une véritable intelligence artificielle, a évidemment des limites, mais peut nous donner une autre définition de l’humanité. Imaginons deux personnes, l’une est un humain, biologiquement parlant, l’autre a tout de l’humain, tant que l’on ne l’ouvre pas pour aller voir à l’intérieur, et possède une véritable intelligence artificielle (comme c’est le cas dans Westworld). Maintenant, en supposant que l’on est face à ces deux personnes, peut-on déterminer laquelle est une machine ? Si le robot a véritable passer le test du Turing, il n’y a pas d’autre moyen de savoir que de regarder laquelle des deux personnes saigne quand on la coupe. Et même là on peut injecter du sang synthétique dans la machine et n’avoir aucun moyen de savoir, sans aller voir plus en profondeur, littéralement.

 Peut-on encore, dans ce cas-là, considérer une telle machine comme un simple objet ?

Westworld - Robert Ford (Anthony Hopkins)

Le neuvième va vous étonner ! 

L’histoire de la série tourne évidemment autour de cette question, à laquelle elle se garde bien d’apporter une réponse définitive. Mais ce n’est pas le seul élément clé de l’intrigue, car l’on va suivre tous les personnages dans des aventures remplies de mystères et écrites avec brio. Rappelons que J. Nolan est tout de même l’auteur du Prestige et d’Interstellar, cet homme sait écrire des histoires ayant leurs lots de rebondissements. Et il est rare qu’un récit se tienne aussi bien que celui de Westworld.

Plutôt que de nous surprendre en sortant ses twists de nulle part, la séries sème des indices çà et là de sort que les révélations qui arrivent dans les derniers épisodes de la saison peuvent toutes avoir déjà été déduites par le spectateur, pour peu que celui-ci ait fait attention à certains détails. On pensera notamment à la révélation finale de l’épisode 9 qui en a fait tomber plus d’un de leur fauteuil et qui pourtant, lorsque l’on reprend la série depuis le début, était toujours sous nos yeux.

Et que dire des acteurs ? 

Eh bien pas quand chose. Évidemment Anthony Hopkins est impeccable, même s’il n’est pas à son meilleur, il parvient à instaurer une légère crainte en son personnage tout en nous le rendant sympathique. Evan Rachel Wood est clairement au dessus du lot et donne vie à son robot de manière bouleversante. Certaines scènes la concernant sont assez dures et sans un jeu d’actrice assez solide, elles n’auraient évidemment pas le même impact sur le spectateur. On ne peut qu’apprécier ce point, surtout lorsque ces scènes ont lieu tôt dans la série et que l’attachement au personnage est quasi nul.

Westworld - 3D world map

Bon, on conclue ?

En l’espace d’une seule saison, Westworld est parvenue à devenir culte. Il s’agit sans le moindre doute de la meilleure série jamais produite par Bad Robot Productions, renvoyant les précédentes séries de J.J. Abrams au rang de brouillons. Si personnellement j’hésite encore entre elle et Stranger Things pour le titre de meilleure série de 2016, la place se joue entre les deux. 
Westworld est un vrai phénomène, une succès tant critique que spectateur pour HBO, qui depuis True Detective n’avait plus réussi à mettre tout le monde d’accord comme ça.

Au delà de la simple réflexion sur l’intelligence artificielle, qui viendra compléter celle déjà portée par des oeuvres majeures de la science-fiction comme Blade Runner, IA, Her et le plus récent Ex Machina, Westworld, c’est une histoire construite avec génie qui emboite ses différentes trames de manière naturelle, sans jamais que cela paraisse forcé.Comme dans un piano mécanique, qui suivrait son papier à musique, tous les rouages scénarisitiques s’enclenchent au bon moment et le résultat ne laissera personne indifférent même s’il faudra peut-être deux ou trois épisodes pour vraiment entrer dans l’histoire.

Annoncée pour 2018, la seconde saison paraît vraiment très loin…

Westworld - Dolores (Evan Rachel Wood)

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